Au Coeur de la Colonie

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Clerc et Mage - 1136, 2ème mois, Tari la Magnifique

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Maître des Donjons

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Meneur de jeu
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Les terrasses du Palais pontifical étaient silencieuses. D'habitude bourdonnantes du pépillement des passereaux, elles jetaient par ce clair matin d'hiver leurs balconnets encore luisants du givre de la nuit sur les eaux du Lac de Tari.

La moniale quitta sa cellule après une longue prière à la lumière du Levant et de courtes ablutions. Son secrétaire l'attentait à l'entrée du déambulatoire principal.

- « L'Ecclesiaste s'impatiente. Il vous fait dire que les émissaires des Ducs sont désormais chaque jour à sa porte pour réclamer une nouvelle Guerre Sainte. J'ai là plusieurs demandes qu'il souhaite adresser, avec votre accord, aux Ordres des Forgeurs et des Templiers, pour bâtir des engins de siège et fournir en matériel militaire les...  

- Qu'il apprenne la patience ! Après tout le diplomate c'est lui. Je le verrais à Complies juste avant le Conseil du Tendre. Quoi d'autres ? 

- Les cités côtières déclarent ne pas être en mesure de répondre à l'appel d'offres sur la construction navale. Les marchands magrittains vont devoir patienter1. La Guilde des marins sorciers reste injoignable. Voulez-vous que je demande à l'Arcanum2 que …

- Inutile, je vois l'Archi-Légat tout à l'heure. Prenez contact avec le Duché des Marches Océanes : ils devraient être en mesure de nous renseigner sur les marins sorciers et les galères minotaures. Vous devriez vous reposer Théophraste. J'ai besoin que vous soyez au sommet de votre forme pour la prochaine Grande Divination. Déléguez la réception et le tri du courrier aux novices en visite3 et concentrez-vous sur ma correspondance. Nous nous en sortirons mieux comme ça.

- Mais votre Sainteté ! Ces jeunes sont issus pour la plupart de la noblesse impériale. Il est dangeureux de leur confier une tâche si proche de la Voix du Saint Siège, qui doit rester dédiée à un service de confiance et à l'écart de tout espion !

- Si nous ne faisons pas confiance à cette jeunesse dès à présent, et dès lors qu'elle a pris l'habit, c'est l'Eglise tout entière du Grand Dragon qui ne ferait pas confiance à sa descendance qui l'embrasse et l'honore. » 

Après quelques pas entre les colonnes, et alors qu'une foule de bures silencieuses se rendant aux offices accompagne un temps la réunion pédestre de ces deux visages concentrés, la nonne entre dans le jardin au centre du déambulatoire4, et se dirige vers le Rosarium. Son second la suit d'un pas peu assuré, profitant de cet écart pour réfléchir à une parade de dissuasion.

- « La foi a ses mystères que même un espion ne saurait percer.»

C'est en caressant les pétales d'une rose rouge plantée dans une vasque de pierre à hauteur de taille, et non sans un certains plaisir, qu'elle prononce ces paroles. Pour la seconde fois de leur périple elle fait face à son second, avec un oeil sur lui, presque maternel. Son sourire est campé de brillance, encadré par de fines lèvres pâles. La bouche, comme il est d'usage quand le sourire vient au contemplatif, reste cependant refermée. Théophraste, au silence presque ombrageux, ses salves bureaucratiques en arrêt, cherche une issue, un échapatoire. Malgré toute sa compétence et sa relative sagesse, il panique. Mais n'en exprime rien.

- « Soeur Bénédicte ! Je veux qu'une telle roseraie soit présente au coeur de chacun de nos monastères. Je sais votre amour pour ces fleurs. Vous y veillerez.5»

Sa voix teinte et porte jusqu'aux premières colonnes du vestibule, importunant une file de novices retardataires et mal réveillés conduits aux offices par un moine bourru.
Elle passe une main amicale sur le haut du dos de l'autre moniale qui était là, voutée, occupée d'essuyer une truelle de jardinier, humectée de terreau, contre son tablier. Se redressant, celle-ci lui assène, pour toute réponse, un sourire béat et un hochement de tête qui ne laisse supposer que l'affirmative.

L'Hospitalière quitte le jardin, suivie de son secrétaire au pas résigné. Quelques flocons de neige, s'étant aventurés entre les clochers entourant le palais épiscopal, viennent se poser en virevoltant et en cascade de scintillements sur le dôme invisible qui surplombe la roseraie. Imprégné de magie cléricale, celui-ci protège la roseraie et le déambulatoire de la rigueur du froid, mais aussi des sonorités incessantes du coeur de la Capitale de l'Empire.

Le duo rejoint la Grande Salle du Palais papal.


La Garde draconique, autrefois attachée à la garde personnelle de l'Empereur y est désormais présente en permanence. Ces dragonnets humanoïdes aux ailes décorées sont des guerriers et équipés comme tels. Ils bénéficient d'un traitement de faveur, ont reçu la citoyenneté impériale, et ceux rattachés aux service de la Papesse sont de fervents croyants déens.

Seule la Curie, composée des Maîtres ou Commandeurs des 7 ordres monastiques a accès en permanence à ce haut-lieu où se décide le gouvernement religieux de l'Empire, et depuis la disparition de l'Empereur, le gouvernement tout court.

Les dignitaires de la noblesse impériale ne cessent de s'indigner que l'Empire soit devenu une théocratie, mais le peuple vardoozien est du côté des religieux, acceptant le fait que si la Papesse n'avait pas mis un peu d'ordre depuis le départ de l'Empereur, l'Empire aurait sombré dans une guerre civile et la destruction des grandes maisons nobiliaires qui font son histoire et son prestige.

C'est donc avec la conscience de tout le poids de sa charge, l'inspiration quotidienne du Souffle du Grand Dragon, que Jasmine de Portevaux, nonne de l'Ordre des Hospitaliers de Déer, et 17ème chef du clergé déen, réunit son Conseil, comme elle le fait chaque matin, avant la prière du zénith.

Elle accéda à cette dignité à l'âge de 33 ans. Certains y virent un présage, car le Fils du Grand Dragon prècha et fut persécuté à cet âge, avant de rejoindre le Panthéon. D'autant qu'elle fut la première femme portant ce titre. Autrefois, les appellations variaient pour nommer le plus haut des dignitaires de Déer : Grand Prieur Général, Grand Prêtre, Supérieur Draconique, mais la plus communément utilisé par le peuple fut celle de Pape. L'usage s'en était quasiment perdu jusqu'à ce qu'une femme tienne ce rang. Désormais, par commodité mais aussi pour souligner cette exception dans l'histoire du Culte, la communauté des fidèles, et la plupart des citoyens jusqu'à la plus éloignée des provinces, appellent cette « sainte » femme, qui sans nul doute marque son temps, Papesse.

Alors qu'une discussion agitée autour du sujet de l'Armée Blanche oppose Virgile de Tassfer, commandeur de l'Ordre des Forgeurs à son homologue de l'Ordre des Ecclésiastes, bat son plein sous l'arbitrage sévère mais bienveillant de la Papesse, la garde draconique devient subitement nerveuse.

Certains des gardes empoignent leurs épées, d'autres filets et tridents, et s'approchent de la grande terrasse, prudemment.

D'un banc de nuages duveteux, l'un d'entre eux se détache et descend droit sur le Palais, en diminuant de taille au fil et à mesure qu'il s'approche de la terrasse, jusqu'à prendre la forme, puis l'apparence d'une forme humaine vétue d'une longue robe et portant un bâton de grande taille.

- «  Restez calme ! C'est le Légat. »

En arrivant aux abords de la rembarde de pierre la silhouaite laiteuse prend des couleurs et vient flotter quelques instants au dessus des premières dalles, entourée des draconiens aux aguets.

La silhouette se fige et les quelques volutes qui demeuraient encore imprécis ou transparents à certains endroits terminent de se matérialiser sous la forme d'un grand mage, de belle allure, au sourire délicat mais au visage anguleux, qui marche vers le Saint-siège.

Alors qu'il s'avance, la Papesse s'assoit sur le bord du trône pontifical, les mains sur le pommeau des accoudoirs, prête à se lever.

Les deux individus ont sensiblement le même âge et cette prestance entreprenante qu'on les individus qui ont choisi leur vocation.

Les draconiens, créatures sensibles à la magie reculent à présent, inquiets de ce puissant sortilège.

- « Vous êtes ponctuel, Légat.

- En effet, je ne souhaite pas abuser de votre temps, je serais reparti avant votre prière du Zénith. C'est pourquoi j'ai fait appel à la marche des vents.

- Nous avons à parler et les obligations du culte sauront attendre si nécessaire. Comprenez que si je vous ai fait venir c'est que je souhaite qu'il ne subsiste aucune ambiguité entre le Conseil de l'Arcanum et moi.

- Dois-je comprendre que votre décision est prise ? L'interdiction sera effective avant le printemps. Les Primats ont vu plus clair que moi dans votre jeu.

- Je ne joues pas. La magie qu'elle soit cléricale ou profane n'est pas un jeu. Nous devons faire face à des enjeux qui dépassent les intérêts corporatistes : la sécurité de l'Empire en dépend.

- Justement la magie profane a certes sa complexité et... ses excentriques, mais si désormais elle doit dépendre des querelles qui ourdissent entre pratiquants de magie divine, le Conseil ne sera plus en mesure de contenir quoi que ce soit.

- C'est pourquoi il faut clarifier les choses, et le moment n'est-il pas des plus approprier, au vu des changements qui s'accomplissent aujourd'hui dans la nature même de ce qui fait la magie en ce monde ?

- Il est vrai. Mais les Primats souhaitent attirer votre attention sur le fait qu'une fois votre proposition accomplie, nos chemins s'écarteront invariablement, les routes qui mènent au Continent de Sagesse seront à nouveau imprécises, et seuls des individus pourront s'entraider. Nos organisations perdront le bénéfice de leur entente cordiale qui a prévalut jusqu'à présent.

- Et pourquoi cette entente ne perdurerait-elle pas malgré le dénouement que je prévois ?

- Parcequ'il y aura des abus et des débordements, vous le savez, et avant-même que nos cercles soient reserrés nous devront intervenir et vous, sévir.

- Je veillerais à ce que tout se passe pour le mieux.

- Je n'en attendais pas tant venant d'une représentante de l'Ordre des Hospitaliers. Avez-vous entendu parler de la Régence ?

- Bien qu'hospitalière je suis avant tout et désormais Papesse. Vos doutes, bien que par certains aspects pouvant être légitimes, n'entament en rien ma décision : la bulle papale sera en effet publiée dès demain. Quant à la Régence, nous nous inquiétons de nos moines missionnaires en Esteranie dont nous n'avons pas de nouvelles. Vous avez des informations ?

- Rien de plus que ce que vous savez déjà : l'Esteranie est occupée. Ces gens sont dangereux, et leures idées bien plus encore. Nous avons ouie dire qu'une Maison impériale prête désormais son concours à leurs plans dont il est encore difficile de cerner les contours. Notre Conseil ne saurait que vous inciter à remettre à sa place le Duc et pair de l'Imperium qui ose défier ainsi l'ordre établi.

- Je sais cela. Mais l'Esteranie n'est pas une province. L'Empire a reconnu son indépendance il y a déjà bien longtemps. Si nous lui portons assistance maintenant nous ne ferons qu'attiser le feu. Les esterans sont un peuple pacifique, et il ne nous ont adressé aucune demande de soutien.

- En incitant les drakkans à s'allier à elle, et à revenir occuper l'Esteranie, la Régence est devenue une force qui pèse désormais sur le devenir de l'Empire. Nous vous informons que les mages de bataille qui ont rejoint ses rangs ont une particularité qui risque de nous poser problème, mais encore plus à vous : ils excècrent toute forme de foi, et ont développé des techniques de magie anti-religieuse, dont il nous faut bien admettre, qu'elle sont efficaces.

- Nous aurons plus d'imagination que cette secte. Notre Congrégation pour la doctrine de la foi saura trouver les arguments qui conviennent à l'éradication de cette hérésie.

Elle lance un regard entendu à Iolev de Minescu, le Grand Inquisiteur.

- C'est donc le dernier contact officiel que vous entretenez avec l'Arcanum. Désormais notre Guilde entre en fraternité. Et cette fraternité oeuvrera désormais sous le sceau du secret. Tous nos magistères ont été prévenus. Ils quitteront leurs fonctions dès votre bulle proclamée. Nous vous demandons cependant encore deux semaines, le temps que tous nos membres soient informés. Tous n'ont pas encore pu être joints. Et il est important que chacun détienne désormais l'Argile Creuse.

- C'est accordé. Transmettez toute ma considération aux Primats qui ont fait preuve de Sagesse en comprenant et accompagnant ma démarche, même si tous ne l'accepteront pas dans son entière lumière.

- Cela sera fait. »

Les deux interlocuteurs se saluent d'un inclignement de tête.
La Papesse se lève et revêt son chasuble d'officiant. Le mage qui ne s'était pas déplacé durant l'entretien prononce quelques mots magique et disparaît.

Ainsi cesse le long partenariat, qui dura plus de 1000 ans, entre mages et clercs voués à l'Imperium.

study
1 Le Souverain du Sombre Royaume, ennemi déclaré de l'Empire, tient blocus maritime devant le port de Magritta, la plus grande cité libre et marchande du monde connu.
2 Guilde de Magie universelle
3 Ces novices proviennent du plus grand monastère du Clergé déen : 3000 moines.
4 Vestibule entourant un jardin au centre d'un monastère, permettant aux moines de rester entre eux tout en profitant d'une communauté d'âmes.
5 L'Ordre des Hospitaliers est réputé pour la qualité de ses jardins botaniques.

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